Deux études ont été réalisées dans le cadre du programme d’observation des glaciers alpins (POG) soutenu par l’Institut National des Sciences de l’Univers (INSU) et l’Observatoire des Sciences de l’Univers de Grenoble (OSUG). Elles montrent que, même en considérant les bases de scénarion du GIEC le plus favorable, le réchauffement climatique aura un effet important sur les glaciers de montagne. Qu’est ce que le GIEC? Quel avenir pour nos glaciers de montagne? Lisez la suite!
Le GIEC, Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (en anglais: Intergovernmental Panel on Climate Change, IPCC) essaie d’évaluer, les conséquences possibles du changement climatique d’origine humaine et d’envisager d’éventuelles stratégies d’adaptation et d’atténuation. Il n’est pas un organisme de recherche mais un lieu d’expertise qui synthétise les travaux menés dans les laboratoires du monde entier. Après 6 ans de travail (auxquels ont participé plus de 2500 scientifiques), le Rapport de Synthèse du 4° Rapport du GIEC a été validé du 12 au 16 novembre 2007. Il fait suite à la publication durant toute l’année 2007 des 3 rapports des différents groupes de travail du GIEC. Ce rapport, propose différents scénarios possibles plus ou moins émetteurs de C02 pour l’avenir du climat. Le scénario B1, le plus optimiste, prévoit une augmentation de +1,8°C de la température moyenne à la surface de la planète d’ici 2100. Ce scénario est celui d’un monde « convergent », c’est à dire dominé par la mondialisation, où la population est maximale au milieu du siècle puis diminue ensuite, où un effort important est fait par des solutions mondiales orientées vers une « viabilité économique et environnentale », une meilleure équité, sans pour autant s’engager dans des initiatives supplémentaires pour gérer le climat.
Avant de parler des 2 études réalisées dans le cadre du POG, il est nécessaire de définir quelques notions sur les glaciers:
Un glacier est une quantité de glace qui se forme par le tassement de couches de neige accumulées à son sommet. Sous son propre poids, la neige expulse l’air qu’elle contient et se transforme en un masse plus compacte, de la glace. Cette glace descend progressivement au pied du glacier sous l’effet de son poids, et finit par fondre sous des températures estivales. Le cycle du glacier se poursuit ainsi, accumulation de neige au sommet, fonte de la glace au pied. Suivant le climat, ces apports et ces pertes de masse évoluent et donc le bilan de masse avec. Un bilan global positif (c’est à dire plus d’accumulation que de fonte) traduit une progression du glacier vers la vallée, un bilan de masse négatif, un retrait du glacier (le front du glacier remonte).
La première étude concerne le glacier de Saint Sorlin, situé dans le Massif des Grandes Rousses (3400 mètres d’altitude). Emmanuel Le Meur et ses collègues chercheurs du Laboratoire de Glaciologie et Géophysique de l’Environnement (LGGE) ont testé un modèle de bilan de masse sur la période de 1981-2004 en utilisant une version adaptée aux glaciers du modèle CROCUS (modèle de prédiction de l’évolution du manteau neigeux, conçu par Météo-France pour mesurer les risque d’avalanche). Il sont aussi simulé l’évolution du bilan de masse du glacier sur la base des conditions climatiques du site prédites par le GIEC dans le cas du scénario B1. Malgré ce scénario plutôt optimiste, l’équipe montre que le glacier de Saint Sorlin devrait avoir pratiquement disparu en 2060. Pourquoi? Parce que la limite inférieure des neiges éternelles (qu’on appelle aussi la ligne d’équilibre) est située plus haut que le point culminant du glacier. Il n’y a plus d’accumulation de masse sur l’année, la fonte entraîne donc un bilan négatif. Grâce à un modèle découlement du glacier (modèle bidimensionnel), la simulation de la réponse du glacier au climat du XXI° siècle indique que le glacier se retire et que son temps de survie, ici estimé autour de 2060, ne dépend que de son épaisseur et de l’intensité des fontes estivales.
C’est déjà ce qui se passe pour les glaciers pyrénéens, dont l’altitude est semblable à celle de la ligne d’équilibre et qui n’ont donc plus de zone d’accumulation. Ils se retirent d’année en année.

Glacier du Saint Sorlin (source photo: http://virtedit.free.fr/vivianfot27.html)
La deuxième étude est basée sur des mesures réalisées en 1994 et 2005 toujours par des chercheurs du LGGE mais aussi par ceux de l’Institut fédéral suisse de technologie (ETH, situé à Zurich). A l’aide de capteurs de température disposés le long de trous de forages de 140 mètres dans le glacier du Dôme du Goûter (situé dans le Massif du Mont-Blanc à 4250 mètres d’altitude), les mesures effectuées indiquent une augmentation de la température de 1°C à 1,5°C sur les 60 premiers mètres de glace entre 1994 et 2005.
Le Dôme et l’aiguille du Goûter
(source photo: www.1monde2photos.com, un site de photos du monde entier qui vous fera voyager!)
Grâce à une modélisation physique du processus de diffusion de la chaleur, les chercheurs ont montré que ce réchauffement de la glace résulte du réchauffement atmosphérique mais aussi de la chaleur apportée par le regel en profondeur de la neige qui a fondu à la surface du glacier. Pour plusieurs scénarios de réchauffement climatique, on trouve que les glaciers froids de haute altitude pourraient devenir tempérés au cours du siècle. En particulier, les glaciers des Alpes, actuellement froids, situés entre 3500 et 4250 mètres, avec une température en profondeur allant de 0 à environ -11°C, pourraient devenir tempérés, c’est à dire avec une température en profondeur de 0°C… Le CNRS, qui gère le LGGE, insiste ici en mettant en évidence un nouveau danger, l’instabilité des glaciers suspendus si leur base subissait aussi ce réchauffement…
Des études peu encourageantes pour l’avenir de nos glaciers…
Vous trouverez sur le site du LGGE donné dans la liste des sources pour cet article, de belles illustrations des simulations effectuées.
L’aspect technique de cet article (modèles de simulation, notions scientifiques,…) est peut être pour certains un peu difficile…N’hésitez pas à me demander plus d’explications dans un commentaire! Quand à ceux qui souhaitent aller vraiment plus loin, voici les références des publications qui traitent des ces 2 études:
- Disappearance of an Alpine glacier over the 21st Century simulated from modeling its future surface mass balance, Le Meur, E., M. Gerbaux, M. Schäfer and C. Vincent, Earth and Planetary Science Letters, à paraître.
- Climate warming revealed by englacial temperatures at Col du Dôme (4250 m, Mont Blanc area), C. Vincent, E. Le Meur, D. Six, P. Possenti, E. Lefebvre and M. Funk (2007), Geophysical Research Letter, 18 août 2007, 34, L16502, doi:10.1029/2007GL029933
source
http://www-lgge.ujf-grenoble.fr/actu/actu_sciences.shtml