Sur la plus haute chaine de montagne du monde, un processus d’enfouissement du carbone agit et rafraichit la planète. Des chercheurs ont dressé le bilan carbone des montagnes jeunes de l’Himalaya. La forte érosion qu’elles subissent, conjuguée à l’action des fleuves et des rivières, transporte la matière organique vers la mer, où elle est enfouie dans l’océan pour plusieurs millions d’années. A des grandes échelles, ce mécanisme contribue à réduire l’effet de serre et donc à abaisser la température moyenne à la surface de la Terre. Qu’est ce que le cycle du carbone? Comment dresser son bilan? Quelle influence à notre échelle? Explications!
La teneur de l’atmosphère en dioxyde de carbone est essentiellement régulée d’une part par l’apport des volcans lors d’éruptions et d’une autre part par la consommation qu’en font les organismes vivants (comme les végétaux). Les montagnes peuvent elles aussi influencer ce cycle. Plus un massif est élevé et plus il est exposé à l’humidité. Les précipitations, de par la pente importante, créent des torrents, des rivières, puis des fleuves. L’eau érode de manière importante les sols et entraine ainsi de la matière organique (des débris de végétaux par exemple). En suivant le cours de l’eau, cette dernière finit dans l’océan. Ici, deux possibilités essentiellement: elle est récupérée par les organismes vivants et/ou elle sédimente au fond, c’est à dire qu’elle est enfouie au fond de l’océan. Les montagnes jeunes et situées en zone tropicale sont particulièrement concernée par ce phénomène car leurs pentes sont plus fortes et les précipitations plus importantes. C’est pour une de ces raisons que l’Himalaya fait l’objet de ces études: à peine âgée d’une trentaine de millions d’années, il constitue un formidable exemple d’enfouisseur de carbone.
Pour connaitre la quantité de carbone que l’Himalaya peut enfouir, il est nécessaire de considérer les processus d’érosion dans son ensemble. C’est ce qu’a fait une équipe française de géologues, provenant du Centre National de Recherche Scientifique (CNRS), de l’Institut National des Sciences de l’Univers (INSU), du Centre de Recherches pétrographiques et Géochimiques (CRPG), le tout soutenu par l’institut allemand des Géosciences et des ressources naturelles (BGR).Plus particulièrement, l’équipe de Valier Galy et de Christian France-Lanord a cherché à quantifier les sédiments dans les cours d’eau et ce, depuis le Népal, jusqu’à la baie du Bengale, en passant par l’Inde et le Bangladesh. Les mesure en mer ont ensuite été effectuées par le navire RV-Sonne et son équipe d’océanographes. Le tout en pleine période de mousson où l’érosion est la plus forte. L’accent a été mis sur la composition des produits de l’érosion, sur la caractérisation des sédiments transportés par les cours d’eau et sur l’étude de l’accumulation sédimentaire à l’exutoire du bassin himalayen. Pour donner une petite idée, l’équipe explique que certains des fleuves peuvent déplacer plus d’un milliard de particules par an, soit l’équivalent d’ »un convoi de camions de sable qui s’étendrait sur une fois et demi la distance Terre-Lune ». Plusieurs observations ressortent de cette étude parue dans Nature en novembre 2007. Une première observation importante a été faite sur la relation entre nature des sédiments et teneur en matière organique: les sédiments fins et argileux tels les sédiments de surface révèlent une teneur plus élevé en matière organique que les sédiments grossiers et siliceux tels les sédiments de profondeur. On note aussi la présence de matière organique jusque dans la baie du Bengale et cette teneur est augmentée d’un facteur 10 de la roche source de l’Himalaya au sédiment moyen délivré à l’Océan Indien. D’où vient cette nouvelle matière organique? Probablement du piégeage de débris de végétaux et de matière organique contenue dans les sols le long du parcours (plus précisément dans la plaine d’inondation et dans les sols des plaines). La dernière et la plus intéressante observation indique que la teneur en matière organique au fond de la baie du Bengale est sensiblement la même que celle des sédiments des rivières et des fleuves.
Tous ces résultats permettent d’aboutir à d’importantes conclusions. On a une conservation de la matière organique transportée, ce qui signifie que la quasi-totalité des sédiments organiques partis de la montagne est déposée au fond de la mer. Que devient cette matière? Elle s’enfouit dans les couches géologiques pour des millions d’années. ce résultat est surprenant quand on sait que dans le cas de l’Amazone, 70% de la matière organique est récupérée par le monde vivant de l’océan. Une différence encore difficile à expliquer mais qui pourrait être influencée par une vitesse d’enfouissement des sédiments très rapide, l’aspect « fermé » de la Baie du Bengale ainsi qu’un mode d’association de la matière organique aux sédiments particulier dans le bassin himalayen. la capacité du système himalayen à enfouir le carbone semble bien anodine puisqu’elle a finalement un impact de réduction de l’effet de serre sur des échelles de plusieurs millions d’années. Cependant, pour nos amis géologues,qui travaillent à de telles échelles, cet aspect de l’Himalaya pourrait bien avoir fortement joué lors de la mise en place de la période glaciaire qui a débuté à l’Oligocène, c’est à dire curieusement il y a environ 30 millions d’années…

une partie de la chaine de l’Himalaya photographiée par Station Spatiale Internationale
source photo: http://fr.wikipedia.org/wiki/Himalaya
sources
www.futura-sciences.com.fr
www.actu-environnement.com
www.insu.cnrs.fr
www.liberation.fr